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Conflit entre associés

Pacte d'associés : les clauses qui évitent les conflits entre associés

Prévoir la sortie avant d'en avoir besoin

Par Ilyès Dogheche, avocat au Barreau de Lille 7 min de lecture

Pour éviter les conflits, un pacte d'associés doit répondre à l'avance aux trois questions qui les déclenchent presque toujours : qui décide, qui peut sortir ou être sorti, et à quel prix. Les clauses clés sont la gouvernance et les décisions importantes, la clause de sortie de blocage, la préemption et l'agrément, la sortie conjointe et la sortie forcée, l'exclusion et les clauses de départ (leaver), la non-concurrence, la méthode de valorisation et la clause de règlement des différends. Le pacte ne liant que ses signataires, certaines de ces règles doivent aussi figurer dans les statuts.

Pacte d'associés et statuts : ce qui change

Les statuts sont l'acte constitutif de la société. Ils sont publics, s'imposent à tous les associés présents et futurs, et leur violation peut entraîner la nullité d'une décision ou d'une cession.

Le pacte d'associés est un contrat privé. Il reste confidentiel et peut organiser des sujets que les associés ne veulent pas rendre publics. Mais il n'engage que ceux qui l'ont signé. Un nouvel associé n'y est tenu que s'il y adhère. Et sa violation se règle en principe par des dommages-intérêts, l'annulation d'une cession faite au mépris d'un droit de préférence supposant que le tiers acquéreur ait connu le pacte et l'intention du bénéficiaire de s'en prévaloir (article 1123 du Code civil). Voir notre article sur la violation du pacte d'associés.

En pratique, on place dans les statuts ce qui doit être opposable à tous (agrément, exclusion en SAS, inaliénabilité), et dans le pacte ce qui relève de l'accord entre les signataires (engagements d'activité, valorisation détaillée, gouvernance fine).

Les clauses de gouvernance et de blocage

Les décisions importantes

Le pacte peut dresser la liste des décisions qui exigent l'accord de tous les associés ou d'une majorité renforcée : budget, endettement au-delà d'un seuil, embauche de cadres dirigeants, cession d'actifs, entrée d'un nouvel associé.

Une liste claire évite le reproche d'avoir décidé seul et réduit le risque d'abus de majorité comme d'abus de minorité.

La clause de sortie de blocage

Dans une société à deux associés égalitaires, toute divergence peut paralyser la société. Une clause de blocage organise la sortie : période de négociation, médiation obligatoire, puis mécanisme de rachat. La clause d'offre réciproque, dite « shotgun », permet à un associé de proposer un prix pour les titres de l'autre, celui-ci devant alors soit vendre à ce prix, soit acheter les titres du premier au même prix. Le détail figure dans notre article sur la société à 50/50 en situation de blocage.

Les clauses sur les transferts de titres

  • La préemption donne aux associés une priorité d'achat lorsque l'un d'eux veut céder ses titres. Elle évite l'entrée d'un tiers non souhaité.
  • L'agrément soumet l'entrée d'un nouvel associé à l'accord de la collectivité des associés ou d'un organe désigné. En SAS, il est prévu par les statuts (article L. 227-14 du Code de commerce). En SARL, la loi l'impose pour les cessions à des tiers (article L. 223-14).
  • La sortie conjointe (tag-along) permet aux minoritaires de vendre leurs titres aux mêmes conditions que le majoritaire qui cède le contrôle.
  • La sortie forcée (drag-along) oblige les minoritaires à céder leurs titres si une offre portant sur la totalité du capital est acceptée par une majorité définie. Elle facilite la vente de la société.
  • L'inaliénabilité interdit temporairement de céder ses titres. En SAS, une clause statutaire d'inaliénabilité ne peut excéder dix ans (article L. 227-13).

Les clauses de départ d'un associé

L'exclusion

En SAS, les statuts peuvent prévoir qu'un associé sera tenu de céder ses actions dans des cas qu'ils définissent : faute grave, changement de contrôle, cessation de fonctions (article L. 227-16 du Code de commerce). La clause doit préciser les motifs, la procédure, l'organe qui décide et le prix. L'associé visé doit pouvoir s'expliquer avant la décision.

Les clauses good leaver et bad leaver

Dans les sociétés où les associés sont aussi opérationnels, le pacte prévoit souvent une promesse de cession de ses titres par l'associé qui quitte ses fonctions. Le prix varie selon les circonstances du départ : valeur de marché pour un départ « good leaver », prix décoté pour un départ « bad leaver ». La définition des cas de départ et l'écart de prix sont la principale source de litige. Voir notre article sur la contestation d'une clause bad leaver.

La non-concurrence et l'exclusivité

L'associé opérationnel peut s'engager à consacrer son activité à la société et à ne pas la concurrencer, pendant sa présence puis pour une durée limitée après son départ. Pour être valable, l'engagement doit rester limité dans le temps et l'espace, et proportionné aux intérêts de la société. S'il est aussi salarié, les règles du droit du travail s'ajoutent.

Valorisation et règlement des différends

La méthode de valorisation

Le pacte doit fixer une méthode de valorisation : multiple d'un agrégat défini (excédent brut d'exploitation, chiffre d'affaires), actif net réévalué, ou combinaison. Il précise les comptes de référence, la date d'évaluation et le traitement de la trésorerie et des dettes.

Lorsque le prix est confié à un expert, l'article 1843-4 du Code civil peut s'appliquer, et l'expert est alors tenu de suivre les règles et modalités de valorisation prévues par les parties. Une méthode écrite clairement limite donc la marge d'appréciation et le risque de contestation. Voir notre article sur la valorisation des parts de l'associé sortant.

La clause de règlement des différends

Le pacte peut prévoir une étape amiable obligatoire avant tout procès : négociation entre dirigeants, puis médiation entre associés. Il désigne ensuite la juridiction compétente ou un tribunal arbitral, dont la procédure est en principe confidentielle. Une telle clause doit être rédigée avec précision : délais, désignation du médiateur, mesures urgentes possibles malgré la clause.

Que faire maintenant

  1. Relisez votre pacte actuel, s'il existe, à la lumière des questions « qui décide, qui sort, à quel prix ».
  2. Vérifiez la cohérence entre statuts et pacte : une contradiction entre les deux est elle-même une source de conflit.
  3. Faites signer le pacte par tous les associés, y compris les nouveaux entrants, par une adhésion écrite.
  4. Négociez le pacte quand les relations sont bonnes : il est presque impossible de le conclure une fois le conflit ouvert.
  5. Révisez-le à chaque étape : levée de fonds, entrée d'un associé, départ d'un dirigeant.

Le cabinet Bayān (Ilyès Dogheche, avocat au Barreau de Lille, 19 boulevard Denis Papin) intervient sur les conflits entre associés et sur la mise en œuvre des clauses de pacte. La page avocat en conflit entre associés à Lille présente ces dossiers.

Questions fréquentes

Un pacte d'associés est-il obligatoire ?

Non. Aucun texte ne l'impose. Mais en son absence, seuls les statuts et la loi s'appliquent, et ils ne règlent ni le prix de sortie détaillé, ni les engagements d'activité, ni la plupart des mécanismes de blocage.

Quelles clauses mettre dans un pacte d'associés pour éviter un conflit ?

Les clauses de gouvernance (décisions importantes), de sortie de blocage, de préemption et d'agrément, de sortie conjointe et forcée, d'exclusion et de départ (leaver), de non-concurrence, une méthode de valorisation et une clause de règlement des différends prévoyant une médiation préalable.

Le pacte d'associés s'impose-t-il à un nouvel associé ?

Seulement s'il y adhère. Le pacte est un contrat qui ne lie que ses signataires. C'est pourquoi il est fréquent de subordonner l'agrément d'un nouvel associé à son adhésion au pacte.

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Ilyès Dogheche, avocat au Barreau de Lille

Ilyès DoghecheAvocat au Barreau de Lille, cabinet Bayān. Contentieux des affaires : conflits entre associés, contentieux d'acquisition, contentieux commercial et export en Afrique.

Article d'information générale, régulièrement mis à jour. Il ne constitue pas une consultation juridique : chaque situation appelle une analyse de ses faits et de ses documents.

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